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SOLIDARITE conférence du 28 mars 2007

 
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    SOLIDARITE conférence du 28 mars 2007 / SQS

    Il faut en effet un certain courage ou une certaine dose d’inconscience pour sacrifier une soirée à ...penser ! à se torturer les neurones, diraient certains... ou il faut une grande soif, à proportion du désert dans lequel nous avançons péniblement...J’ai cru la sentir dans les termes de votre demande, termes que je reprends :

    Lors d’échanges que vous avez eus lors de votre réunion du 13/12/07, il apparaît que votre approche de la solidarité pouvait être assez différente.

    Etre solidaire, c’est :

    Échanges riches qui pouvaient être regroupés autour de quelques questions :
    -  qu’est-ce qu’être solidaire ?
    -  quelle est la solidarité qui nous intéresse ici ?
    -  peut-on définir la solidarité par son contraire ?
    -  quelles sont des dynamiques de la solidarité ?
    -  comment éduquer à la solidarité ?

    d’où, avez-vous conclu, la nécessité de clarifier notre approche et nos convictions en faisant appel à un intervenant » et Mireille, en votre nom, d’ajouter : « il ne s’agit pas de répondre à toutes ces questions mais de nous donner un regard un peu philosophique sur ces questions »...

    Qu’est-ce qui justifie cette conclusion ? me suis-je d’abord demandé... La multiplicité des approches est-elle une faiblesse ? Si oui, à l’égard de quoi ? (efficacité, reconnaissance publique, demande de subventions...)

    Ce besoin de clarification des convictions, manifesterait-il la recherche d’une « pureté » en la matière ? avec les risques d’appauvrissement , d’exclusion voire excommunication, qu’elle implique...

    C’est vrai que, comme gens d’action, à la question « qu’est-ce qu’être solidaire ? » nous répondons d’abord par un catalogue de pratiques. Question sur l’être, réponses sur le faire... D’ailleurs, peut-on être solidaire sans « pratiquer » ? Le rapport à l’autre semble intrinsèque, mais doit-il se manifester toujours par une pratique à son égard ?

    Les moines chartreux se déclarent solidaires de tous les hommes... J’ai repensé aussi à Mila Agus qui inscrit joliment en exergue de son dernier roman Le mal de pierre « Si je devais ne jamais te rencontrer, fais qu’au moins je sente le manque de toi ».

    Et puis les pratiques sont éminemment respectables en ce qu’elles constituent votre expérience. Elle est multiple et vous souhaitez lui donner une certaine unité : vous vous interrogez donc sur le sens, en faisant appel à la réflexion, à la raison. Avec Lytta Basset, je pense que « raison et expérience ne sont rien l’une sans l’autre : la réflexion ne serait rien sans l’expérience dont elle essaye de rendre compte et notre expérience resterait à jamais absurde (privée de sens) si aucune pensée ne cherchait à la traduire ». Mais c’est à notre pensée de se couler dans le vase de l’expérience et non l’inverse !

    Être solidaire, me suis-je dit, pourrait d’abord relever d’une vision, avant de se décliner dans des pratiques diverses. C’est cette vision qu’on peut essayer de clarifier, non pour la définir (ce serait l’enfermer, la « saisir » au sens de lui mettre la main dessus), mais pour en faire une source d’inspiration, de souffle, d’esprit communs. Je veux bien m’y risquer, sans autorité particulière, sinon celle qui se fonde dans la confiance que vous m’accordez, en me demandant de vous aider à y réfléchir.

    Par souci de clarté, voici mon fil conducteur : la solidarité est d’abord une obligation, celle d’une dette mutuelle. Sa dynamique dépend de la vision qu’on en a, donc de l’horizon qu’on lui donne. Cet horizon, pour moi, c’est la Fraternité, inscrite dans la devise de notre république laïque.

    Quelle sera ma démarche ? Je vous propose d’abord de remonter à l’origine du mot Solidarité pour en lire la base « expérientielle ». Cette lecture devrait nous permettre d’opérer un retournement de perspective.

    Puis, je vous propose de rechercher ce qui fonde cette Solidarité. Plutôt que de me livrer à une approche négative (définir le contraire de la Solidarité), ou d’en repérer les motifs ou les attendus, j’ai préféré m’interroger sur la valeur qui la subsume, la valeur qui constitue son horizon pourrait-on dire : la fraternité.

    Enfin je vous propose de pointer quelques marqueurs de la « juste » solidarité, des repères d’orientation pour les marcheurs que nous sommes...avec modestie, car je me sens petit devant la somme de vos expériences et que chacun sait bien ici que « la carte n’est pas le territoire » !

    SOLIDAIRE vient de « solide », qui évoque le sol (ne dit-on pas solide comme un roc ?). Fausse piste !  »solidaire » vient de « in solido », « pour le tout » (holos en grec, cf holocauste tout-brulé), vers la totalité d’une somme (de quoi que ce soit). SOLIDARITE : c’est d’abord un terme de droit pour désigner « l’état de créanciers ou de débiteurs solidaires ». Puis, par extension, « le caractère solidaire d’une obligation ».

    La Solidarité donc comme une forme d’obligation. Au sens juridique : obligation entre deux parties. A l’origine, obligation de créanciers (ils détiennent l’acte de créance et peuvent même le négocier), puis , par glissement de sens, obligation de débiteurs vis à vis de créanciers... Dans le cas « d’obligation solidaire », chacun répond de la dette de tous. Au sens courant et non plus seulement juridique « solidaires se dit de personnes qui répondent en commun l’une pour l’autre, d’une même chose » (Larousse)

    Or exercer la solidarité (expression sans doute influencée par « exercer la charité »...) évoque encore, au moins implicitement, un lien de subordination entre moi (le créancier) et l’autre (mon débiteur)...

    Et s’il s’agissait de penser les choses autrement ? de sortir justement de ce lien de subordination créancier /débiteur, assistant/assisté, pour se vivre mutuellement en dette, les uns vis à vis des autres, puisque « devant répondre en commun d’une même chose » ?

    D’où deux questions :
    -  De quelle obligation/dette mutuelle s’agit-il ?
    -  De quelle chose devons-nous répondre en commun ?

    1.1ère question : de quelle dette s’agit-il ?

    D’une dette existentielle, au sens où c’est à l’Autre que je dois d’exister. Par ma naissance et ma filiation comme par mon développement personnel, au travers de mes rencontres et compagnonnages. Je peux bien sûr tenter d’exister contre lui (dans l’opposition), en lui (dans la fusion) ou face à lui (dans la confrontation), ce que manifestent et théorisent différents courants de pensée : St Augustin, Nietzsche, Bergson, Comte-Sponville et bien d’autres...jusqu’au courant général actuel qui tend à privilégier « l’auto-construction » ! comme l’examine Daniel Bougnoux dans son récent ouvrage La crise de la représentation.

    C’est le philosophe Lévinas qui alimente ici ma réflexion (partielle sinon partiale) : il privilégie le « face à lui » (devant sa face, son visage) et le « avec lui », dans la même responsabilité. Lévinas va même jusqu’à désigner l’étranger comme « le seul à pouvoir nous apprendre quelque chose sur nous-mêmes ».

    Lévinas, vous le savez, enracinait sa propre réflexion dans sa tradition, l’hébraïque, en particulier le mythe de la création où l’être créé (le adam) n’advient comme homme (comme « ‘isch ») que lorsque la femme, un autre être est créée « face à lui ». C’est face à l’Autre, déclare Lévinas, que je me reconnais, en regardant son visage, en regardant ses multiples visages.

    Visages multiples et pas semblables au mien, du moins pas tous... (passé le temps de la lune de miel !). Et vous connaissez la recommandation, le précepte moral qui s’ensuit : « aimez vos « ennemis »...si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? ». Pas gratitude mais « Reconnaissance (existentielle)... » mot fort ! et ce mot « ennemi » qui désigne-t-il ? je peux lire le sens premier : il vient du latin « amicus/in-imicus », celui qui n’est pas ami. On a du coup traduit « ennemi ». Le sens hébreux est plus intéressant : « réa’ », « ami », veut dire littéralement « celui qui paît avec toi » (« compagnon » = « qui mange le pain avec »).

    L’ « ennemi » serait alors « celui qui pâture dans un autre pâturage, qui relève d’un autre pâtre... ». Cet Autre qu’on diabolise, sans l’avoir parfois jamais vu ! En langage moderne, « Pour exister, sortez de votre clan ! », ce qui constitue une sorte de pléonasme si l’on veut bien considérer le sens premier du mot exister : « être placé hors de / sortir de » !

    Toujours dans la même tradition hébraïque, l’appel à la Vie adressé par Celui qui dit se nommer Vie, à l’ancêtre Abraham, considéré comme le père du monothéisme :

    Mais, que vous soyez lecteur ou non des textes bibliques, c’est une expérience commune que notre être propre, notre personne (le JE/sujet), se construit tout au long de notre vie au travers de multiples rencontres et de nombreux personnages (« personna » = « rôle »). Il s’agit pour chacun de nous de « devenir soi dans le regard d’autrui », avec ces difficiles tâtonnements pour trouver un équilibre dynamique entre ce « moi pour les autres » et « moi pour soi », pour reprendre les mots de Claude Arnaud dans son passionnant et troublant ouvrage Qui dit Je en Nous ? : « Pour qu’un être existe vraiment, beaucoup doivent le faire exister ; il ne devient une entité stable, pleine et éventuellement enviable, que dans le regard d’autrui ».

    Mais quels sont ces autres, ces personnages que nous propose le plus souvent notre société des mass-média (toutes ces « chaînes » qui prétendent nous libérer) ?

    Des inconnus à rencontrer ou notre propre image fantasmée dans ces miroirs qu’elle nous tend ? Des héros, comme déjà dans les contes et les histoires dont, petits, nous étions friands... Des héros du 1er et du second ordre, économique / politique, selon le repérage par un philosophe contemporain, des 4 ordres qui structurent notre vivre-ensemble (les ordres économique, politique, éthique et de l’amour/Charis).

    Parmi ces héros, les uns font la une des média : la star-ac les a démultipliés...Les autres font la une de l’actualité : les sondages les font monter ou descendre... Notre société reconnaît pourtant (est-ce pour se donner bonne conscience ?) des héros des 3ème et 4ème ordre (éthique / amour). Des noms ? Gandhi, Mgr Roméro, Jean Moulins ou, plus proches de nous : mère Théréza ou l’abbé Pierre, Barbara ou Devos...et cherche même à les récupérer (les funérailles nationales !). Ordres reconnus comme supérieurs quoique souvent jugés inatteignables :« faut être réaliste, tout de même ! »

    Ces différents ordres, s’ils permettent d’abord de sortir de la confusion, source de toutes les manipulations, tracent aussi pour une société, une trajectoire (un pro-jet), que traduit la devise républicaine : « Liberté/Egalité/Fraternité » (une devise à viser...).

    A condition que chaque ordre se maintienne « dans son périmètre » par rapport aux autres. C’est leur hiérarchisation qui reflète un choix de société. Si l’un mange les autres en prétendant mettre toutes les forces citoyennes à son service, le but final est perdu de vue, et la réussite est celle de quelques hommes solitaires, et non l’avènement de l’humain solidaire.

    Ce que bon nombre craignent aujourd’hui face à la mondialisation : son risque de phagocytage de tous les ordres par le 1er (l’économique). Ce qu’hier nous a donné à voir le nazisme en instituant un totalitarisme du 2ème ordre (le politique), asservissant tous ses promoteurs au nouvel Ordre à établir, « sur le monde et pour l’éternité » selon ses propres mots...et exterminant tous les autres...

    De tous ces héros ou pseudo-héros, nous nous méfions et à juste titre. C’est plutôt vers les non-héros (ceux qui se disent parfois avec une ironie amère, les « zéros »), que vous avez choisi ou accepté de vous tourner ou de vous « retourner » selon le sens premier du mot « respecter » (= regarder en arrière), respecter leurs visages, ne pas détourner le yeux.

    Quelle est donc cette dette que nous avons solidairement envers ces plus faibles que nous, ces non-héros ou considérés comme tels ? Ils nous rappellent jour après jour par leur simple présence ou par leurs exigences, ce que nous serions tentés sans eux d’oublier : l’existence des 3ème et 4ème ordres, l’ordre de l’Ethique, des valeurs, et celui de la « Charis » (= ce qui est lumière et donne la Joie), indispensables au bonheur du « vivre ensemble » dans la paix, comme à la joie de la « réalisation de soi » dans la famille humaine.

    « JE est un Autre » reste une admirable formule s’il ne s’accompagne de son corollaire « cet Autre, j’ai la responsabilité d’en faire un NOUS ». Pour Lévinas, encore, c’est le visage de l’autre qui me rappelle ma responsabilité. Sans eux donc, les petits, les faibles, les malades, nous serions en grand danger, après avoir peut-être réussi à créer notre propre et puissant personnage, de payer cette réussite par une extrême solitude, autant dire la mort (cf la véritable histoire d’Eric von Stroheim, rapportée par C. Arnaud dans l’ouvrage cité).

    En ce sens, nous sommes donc leurs débiteurs, leurs obligés...même s’ils ne connaissent pas la créance qu’ils ont sur nous, ou, pour mieux dire, la créance mutuelle (qui ne peut réapparaître que dans le lien de créance/confiance restaurée : les mesures pratiques (1er et second ordre) sont sans doute nécessaires mais jamais suffisantes : l’épisode des enfants de Don Quichotte nous le rappelait récemment.

    « La justice comme condition de l’ordre, s’écriait Léon Bourgeois, promoteur de la SDN, dans son Essai d’une philosophie de la solidarité (1902), la liberté de l’individu comme condition du progrès, mais la solidarité comme condition de la vie ! »

    Une dette mutuelle, ai-je dit. Et que signifie encore le « mutuelle » de cette dette ? Simplement qu’à leur tour, s’étant remis debout, ils auront vis à vis de ceux qui sont encore derrière eux et ne se sont pas levés, la même obligation. C’est la dynamique des communautés d’Emmaüs comme des Alcooliques Anonymes. L’obligation est vraiment solidaire. A l’opposé du clientélisme, elle peut s’étendre à tous, à toute l’humanité...

    La solidarité ? Un don mais tout autant une obligation. « Vous êtes le chemin et ceux qui cheminent, Et lorsque l’un d’entre vous tombe, il tombe pour ceux qui sont derrière lui, les prévenant de la pierre d’achoppement. Oui, et il tombe pour ceux qui sont devant lui, qui bien qu’ayant le pied plus rapide et plus sûr, n’ont pourtant pas écarté la pierre » écrivait le poète libanais Khalil Gilbran.

    Nous voici donc invités à faire ou à conforter un choix lucide et...vital !au risque, autrement, de ne traiter que notre culpabilité, grâce à des sentiments ambigus de compassion, de commisération, de « charité » (hélas !), ou encore de cultiver notre ego, comme membre d’un club d’admiration mutuelle... Le procès des bonnes œuvres ne les a pas pour autant fait disparaître, tant leur exercice contribue à valoriser leurs auteurs et à maintenir les inégalités qu’elles prétendent compenser : « corruptio melioris, pessima ! » ou « l’enfer est pavé de bonnes intentions » !

    Ce choix ne me semble pas relever d’un raisonnement, encore que mes réflexions précédentes montrent qu’il peut être « raisonné ». Il relève plutôt d’une vision, une vision qui ne peut s’enseigner, dont je peux seulement témoigner puisque c’est une expérience . Une vision que croyants et incroyants peuvent partager, même si les premiers accolent au mot « vision », le mot « révélation »... Une vision qui éclaire la diversité des pratiques, comme le soleil levant ou couchant, illumine un vitrail, en fait ressortir la texture du verre et jouer ses différentes couleurs... Une vision à partager sans jamais l’épuiser, la vision d’une humanité à faire advenir dans son humanitude (si vous me permettez, hors de toute allusion, de risquer ce néologisme !).

    La vision de l’Homme qui se lève... Pour les croyants parmi vous, Irénée de Lyon au début du 3° siècle, a ce cri : « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ! » ...l’homme debout ! C’est là notre responsabilité, ce dont nous avons à répondre...

    Voilà donc la réponse que je propose d’apporter à la seconde question que j’exprimais plus haut « de quelle chose devons-nous répondre en commun ? ». Elle évoque pour moi en écho, ce propos du plus connu des membres de l’Ecole de Paolo Alto, Paul Watzlavick : « l’Homme n’est pas dans l’homme (il y aurait sinon, ajoute-t-il, à en désespérer !) mais dans ce que les hommes construisent entre eux ».

    L’Homme qui se lève... En répondre en commun, oui ! mais par quelle voie ou quelle voix ? La voie, le chemin de la Solidarité sur lequel nous appelle la voix de la Fraternité.

    De mon point de vue, sans cet appel, sans cet horizon toujours en avant, pas de dynamique féconde de la Solidarité (une solidarité plan-plan, pourrait-on dire...).

    Entendons-nous bien, je ne cherche pas à opposer ces deux termes (Solidarité et Fraternité), mais il me paraît essentiel de les différencier. La seconde se nourrit de la première et la première enracine la seconde. Sans la Solidarité, la Fraternité risquerait bien d’être « hors sol », une intention toujours promise, jamais réalisée. Sans la Fraternité, la Solidarité s’imposerait une limite, se priverait d’un élan et ce faisant, s’épuiserait ou manquerait son achèvement.

    J’essaye de m’en expliquer : c’est ma deuxième partie !...

    Fraternité , faut-il le rappeler, est le 3ème terme inscrit dans la devise républicaine. C’est aussi le moins souvent cité (cf l’enquête récente de Télérama : quel est selon vous le mot le plus important ? Liberté pour 52%, Egalité pour 30%, Fraternité pour 16%). D’où sort-il ce « parent pauvre », pour lequel on fait rarement la guerre ? (par contre France Culture vient d’en faire le thème de plusieurs émissions).

    Il vient de la Révolution de 1789 bien sûr, trace évidente de la morale judéo-chrétienne. Relisez le magnifique préambule de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 : « Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme (...) En conséquence l’Assemblée nationale, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Etre suprême, les droits suivants de l’homme et du citoyen... ».

    Cette déclaration à son tour inspira la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme,adoptée par Les Nations Unies le 10 décembre 1948. Voici son préambule : « Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde... » Si la référence à l’Etre Suprême, a disparu (la seule instance qui demeure est « l’humanité »), on voit apparaître l’expression « famille humaine », ce sur quoi s’interroge Marie Balmary : « rien dans ce texte, ne me donne à comprendre comment, en quoi, l’humanité est une famille, composée de différentes générations. A vrai dire, je ne vois ici et dans la suite du texte, qu’une communauté d’égaux ayant tous des droits égaux, non une famille où certains sont engendrés par d’autres, ni jusqu’à maintenant une fratrie engendrée par les mêmes géniteurs ». Elle poursuit donc sa lecture plus avant :
    -  « considérant (...) que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme... », soit l’expression supposée du sommet du désir humain. Mais qui s’est cru autoriser à l’affirmer ? Mystère, la tournure est passive ! et quelle est cette aspiration ? L’avènement d’un monde... Quel monde ?

    Apparemment le nôtre, puisque, fait toujours remarquer Marie Balmary, si l’on parle d’être libéré de la terreur et de la misère, on ne parle pas d’être libéré de la mort. Or il est d’expérience commune que l’aspiration la plus haute de tout homme, c’est de vivre éternellement...

    Après avoir, non sans raison, tué le dieu, le peuple a refermé le ciel, ou plutôt, dit Balmary : « il n’y a pas de ciel pour l’homme des droits ». Aucune ouverture pour croire ou ne pas croire. Le fondement de l’homme, serait l’homme et sa plus haute aspiration un monde humain. La tradition religieuse se proposait, elle, de conduire l’humain jusqu’au divin...

    « Supposons qu’un tel monde délivré de l’injustice et de la misère advienne, l’homme ne continuerait-il pas d’y être mortel ? ». C’est justement ce qui constitue sa grandeur diront certains. A la fin du Mythe de Sysiphe, Camus concluait : « il faut imaginer Sysiphe heureux ». Plutôt le néant que la servitude ! qui ne rallierait cette proclamation ?

    Les philosophes contemporains de l’athéisme, marchant sur les traces admirables des stoïciens, ne disent pas autre chose. Ils sont en bonne santé et ils font de la mort la « brillante » sortie du stade. Et ceux qui meurent un peu chaque jour ? Ceux que vous côtoyez .... ?

    Pas de liberté, nous en convenons, si elle est octroyée : il n’est qu’à rappeler les processus douloureux de décolonisation. Pas de vivre, au sens fort, si l’homme ne se lève pas. Cet advenir ne peut résulter d’un droit simplement octroyé, mais d’un « travail », d’un enfantement, d’une « initiation » : où en sont les traces, celles d’un « devoir » à côté des droits proclamés ?

    Retour à la Déclaration universelle...à son article 1, dont le début est plus connu que la fin : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience, et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».

    Dans un esprit de Fraternité... ! cette fraternité, qu’est-ce qui la fonde, en amont des droits de l’homme, et en avons-nous les moyens ? « notre culture n’a-t-elle pas construit une autre image de l’homme, image dans laquelle la fraternité n’a, en fait, plus sa place ? » Le moraliste latin écrivait « homo hominis lupus », l’homme est un loup pour l’homme... Quels progrès en vingt siècles ?

    La véritable et définitive égalité entre les hommes, c’est la fraternité, celle qui les fait entrer tous, quelle que soient leurs différences d’avoir, dans la Joie (le fameux quatrième degré) « que personne ne pourra leur ravir » . Il s’agirait donc de dépasser la juste revendication des hommes à une égalité fondée sur le droit pour construire, à partir d’une fraternité reconnue comme irréductible au droit, la famille humaine, c’est-à-dire un lieu de filiations et d’engendrements, un lieu de création.

    La désertification des régions subsahariennes en raison de la sécheresse fait disparaître des villages entiers. Comment leur exprimer ma solidarité ?

    Tout peut commencer par un simple le geste : ne pas laisser chez moi, l’eau couler inutilement. La pénurie dont souffrent certains m’invite à lutter contre le gaspillage d’une ressource vitale de la planète. Ensuite, c’est affaire d’engagement pour chacun : partir avec une ONG qui creuse des puits, interpeller les hommes politiques sur leurs programmes d’aide au développement, apporter ma contribution financière à une association...

    L’expression de la solidarité est donc à portée de tous. Elle se déploie dans l’espace, vis à vis de ceux qui sont loin, comme dans le temps, vis à vis de ceux qui ne sont pas encore nés : quelle terre laisserons-nous à nos enfants, si nous poursuivons le gaspillage de toutes ses ressources ?

    La terre est unique et nous n’avons qu’une seule terre !

    Cette prise de conscience moderne ne constitue pourtant pas le ressort principal de la solidarité, même si elle y contribue. Il ne s’agit que d’un constat. Ce qui constitue ce ressort, c’est de réaffirmer avec l’article 1 de la Déclaration universelle des Droits de l’homme : les hommes naissent égaux en droit et en dignité. Il s’agit d’abord bien sûr , de préserver leurs droits à bénéficier des mêmes conditions de vie que nous, avec les ressources terrestres dont ils auront besoin. Il s’agit de ne pas leur faire porter la dette de ce que nous aurons inconsidérément dépensé. C’est affaire de justice : la solidarité pour l’égalité des droits ici et ailleurs, aujourd’hui et demain.

    Mais la réaffirmation du droit et de la justice n’y suffisent pas : chacun sait qu’en leur nom se sont livrées des guerres meurtrières, ou instaurés des régimes totalitaires aux conséquences désastreuses. L’idée généreuse qui y a présidé est bien l’égalité - il n’y aura plus de riches exploiteurs ni de pauvres exploités - mais quelle égalité ? Celle de l’avoir, pas celle de l’être. Promouvoir l’égalité de l’être, c’est combattre pour la dignité de l’homme, quel que soit son statut (« égaux en droits et en dignité »).

    Comment faire advenir cette dignité ?

    L’art 1 répond : « les hommes doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». Il ne s’agit pas d’une simple exhortation mais bien plus, d’une exigence. Ce troisième terme de la devise républicaine marque fortement que la paix à laquelle toute société aspire, la réconciliation universelle, ne peut être obtenue par le juridique et le politique seuls, (quoi que Kant en ait pensé dans son Projet de paix perpétuelle 1796) même s’ils y contribuent et que nous avons tous à nous battre pour l’avènement ou le maintien d’un état de droit, qui nous distingue du monde animal.

    Quelle Fraternité... ?

    Chaque candidat-président en parle : fraternité nationaliste, fraternité consensuelle, fraternité participative... Rien à voir avec un pacifisme mou, qui semble surtout devoir épargner à ses partisans inquiétude et angoisse (Munich en 1938 n’a pas sauvé la paix).

    Car cette fraternité là ne bannit pas automatiquement la haine ; elle peut même l’exacerber (les petits meurtres en famille...) mais « comme elle suppose l’idée d’une commune origine, elle implique de penser que la paix entre les hommes dépend de l’accueil qu’ils réservent à cette origine ».

    Cette fraternité, pour les religions issues de la bible, se réfère ainsi au Nom divin, « à une certaine qualité d’orientation vers lui ». Mais le constat du sang versé en son nom, hier en Irlande, aujourd’hui en Irak ou ailleurs, pousse à s’interroger : vivre cette fraternité et faire ainsi la paix entre les hommes « ne suppose-t-il pas plutôt, comme condition préalable, qu’ils cessent de se réclamer du Nom de Dieu et acceptent qu’ils sont seuls ? » s’interroge Catherine Chalier (in L’intranquillité de l’âme). Sans même s’interroger sur cet effacement, Nietzsche proclame que Dieu est mort, et nos contemporains Onfray ou Comte-Sponville, constatent simplement (en dehors des comptes qu’ils peuvent avoir à régler avec la religion) que « si les hommes ne font pas grandir la paix par des moyens politiques et juridiques, dans le souci de l’intérêt des uns et des autres, nul Dieu ne le fera à leur place ».

    Certes, effacer Dieu rend alors vaine toute prétention de se faire du mal les uns aux autres sur son ordre : « seul l’idolâtre, celui qui réduit Dieu à ses intérêts et à ses illusions, brandit une telle bannière (« Gott mit uns »). Les guerres de religion sont donc, dans cette perspective, inévitablement des guerres d’idolâtres ». Mais une idole peut en cacher une autre, et une certaine idée de la Vérité peut faire l’affaire ! (la vérité pour soi, la mienne, ma certitude d’avoir raison...), une certaine idée de la Justice ou de l’Ordre (de la race...), également...Ces idées, (mes idées ?) qui abolissent toute transcendance et exigent qu’on leur sacrifie sans fin.

    « Ceux qui glorieusement sont morts pour la patrie, méritent qu’à leurs tombeaux, la foule viennent et prie... » la formule de Victor Hugo n’efface ni l’horreur des corps déchiquetés par les tirs et les explosions ni l’absurdité de certains conflits fratricides...

    La question devient : comment rompre avec toute pratique idolâtre ?

    On ne détruit pas les idoles à coups de marteau... Détruire les idoles, c’est d’abord accepter de ne plus m’affirmer comme leur porte-parole (le grand risque de tout « clerc »), de ne plus instrumentaliser passions et sentiments (surtout religieux) au service d’une certaine rationalité. Mais grâce à cette destruction-là, je peux me mettre en état d’oeuvrer à la paix, à la réconciliation des humains. C’est refuser de jouir tranquillement de mes jours à l’ombre de ma vigne ou de mon figuier, « sans chercher à vaincre autrui, certes, mais aussi sans lutter contre ce qui le menace » (C. Chalier).

    Essayons plutôt de préciser sur quelle représentation peut s’appuyer ce combat contre les idoles... Il s’agit « simplement » de mettre la paix au dessus de la vérité... Car la recommandation platonicienne « se tourner vers la vérité de toute son âme », si elle reste hautement valable, ne garantit pas la paix et l’harmonie. C’est se convaincre que « le bon critère pour juger une vérité ne dépend pas de preuves irréfutables, encore moins de dogme à défendre à tout prix, mais repose sur ma capacité à maintenir vivant le lien à autrui, ce lien toujours fragile et menacé » . Et ça commence à la maison ! les explications que je continue à exiger de mon proche, mon conjoint ou mon fils qui a signifié son désir de réconciliation, parce que dans le différend qui l’oppose à moi, ses torts sont évidents... Mais ce sont aussi des questions de société : le médecin doit-il dire la vérité au malade qu’il sait condamné ? Et ce sans-papier qui me raconte visiblement des histoires, je lui mets le nez dedans ou pas ? « La paix écrit encore Lévinas, doit répondre à un appel plus urgent que celui de la vérité et d’abord (au sens d’approche) distinct de l’appel de la vérité »

    Cette paix ne signifie nullement tranquillité et confort des personnes, comme le souligne fortement Catherine Chalier :« une paix vivante n’équivaut pas à la pure sérénité de l’âme ». Ni non plus un abandon de la vérité ; pas plus un abandon du droit (« une paix fondée sur un droit reste préférable à la conflagration »). Mais on connaît les suites d’une paix qui ne se préoccupe que d’humilier le vaincu, sans reconstruire le lien humain brisé : elle est grosse des conflits futurs (qu’on se souvienne de la paix de Versailles !).

    La paix véritable, elle ouvre une discussion constante à propos de la vérité . Une discussion devant une situation, ouverte et à interpréter, non plus une lutte de personne à personne, où je chercherai uniquement à défendre mon point de vue (comme professionnel, j’ai la vérité), mais une lutte où j’ai la conviction que la vérité s’atteint dans la discussion « car à l’image de la vie, la vérité est toujours en partage ».

    Il s’agit d’humilité ou de méfiance envers ce qui en moi, pactise avec l’arrogante pulsion de maîtrise des êtres et de la vérité elle-même « les hommes ne défient la mort que par l’échange de paroles vivantes, jamais par la certitude d’avoir raison ». Lévinas renchérit : « la paix vivante entre les hommes se produit comme cette aptitude à la parole ». « Elle résiste à toutes les formes de soumission à une vérité anonyme, qu’elle soit celle du destin ou de l’histoire, mais aussi à l’envoûtement par la vérité d’un seul ». Attention, souligne encore Lévinas, à « l’idéal de l’unité de l’Un que toute altérité dérange ».

    « Faire la paix passe, en revanche, par le consentement au partage comme à une condition ineffaçable d’accès à l’humanité. Ce partage donne à penser chaque personne, non comme un exemplaire du genre humain, mais comme un unique parmi les uniques (...)

    La paix ne consiste ni à s’installer tranquillement quelque part, elle n’occupe pas de lieu - fut-il celui du savoir -, elle tient à l’obligation de veiller sur la vie unique et fragile donnée à chacun ».

    Partager / se partager / être partagé (comme le symbole du pain rompu). C’est à la fois « partir » que ce mot a supplanté dans notre langue, et « donner son bien en héritage », donner pas seulement confier... (partir, c’est faire des parts et parfois, en même temps, faire départ). C’est aussi retourner à l’envers (révolutionner) l’idéal classique de la paix intérieure, à savoir la recherche de la sérénité, la fermeté des certitudes ou des croyances. C’est tout au contraire, garder l’inquiétude du sort d’autrui au cœur, « se lever » , « aller » vers l’autre, plutôt que jouir de mes jours avec précaution, ne pas fuir la confrontation à la souffrance de l’autre : « une intériorité ouverte sur l’altérité » selon une belle formule quoiqu’un peu abstraite de C. Chalier.

    Vous pouvez lui préférer la vindicte de José Marti, poéte cubain : « celui qui ne se sent pas offensé par l’offense faite à d’autres hommes, celui qui ne ressent pas sur sa joue la brûlure du soufflet appliqué sur une autre joue, quelle qu’en soit la couleur, n’est pas digne du nom d’homme ».

    Ou la première ligne du roman de J. Littell, les Bienveillantes (cette épouvantable histoire de l’assassin SS l’Obersturmbannfuhrer Max Aue) : « Frères humains, laissez-moi vous raconter comment ça s’est passé. ‘On n’est pas votre frère, rétorquerez-vous, et on ne veut pas le savoir !’ Ca vous concerne, vous verrez bien que ça vous concerne... ».

    La paix, non plus comme repos mais comme qui-vive ! comme vigilance extrême à l’existence d’autrui, avec ces moments étonnants où sont oubliés la prudence et les précautions : souvenez-vous de Sadate à Jérusalem, en 1977 !

    La paix, non plus comme seul engagement de ne pas nuire à l’autre, mais comme réjouissance, réjouissance de son existence. Lévinas parle alors de « fraternité irréductible » Fraternité irréductible car elle n’est plus seulement l’accomplissement d’un devoir si noble soit-il (« les hommes doivent agir les uns vis à vis des autres dans un esprit de fraternité »...). Elle est le fruit d’une expérience intime qu’il m’est donné de faire et qui m’engendre comme une seconde naissance. Car elle provoque en moi un déchirement qui m’interdit de penser la paix comme accomplissement de mon identité propre. Et Lévinas de nous avertir : « cette fraternité ne se revendique ni ne se proclame (ni pub ni sermon !) car elle ne se déduit d’aucun principe librement accepté (...) Elle s’éprouve, au vif du psychisme, en dépit de l’inquiétude qu’elle fait naître, et, grâce à elle, comme une promesse de délivrance ». L’expérience d’une délivrance...comme celle d’un accouchement !

    En écho, Rosenzweig parle dans l’Etoile de la Rédemption, de « ce don de paix pensé comme naissance de l’unique en chacun. (ce don qui fait) résonner la note identique du fond de l’homme dans les êtres séparés », une résonance qui éveille au sens de cette « fraternité irréductible ».

    Avant d’évoquer avec vous quelques points de repères par rapport aux pratiques de la solidarité, je voudrais associer à cette Fraternité-là la Beauté. Une seule phrase y suffira. Je l’emprunte à l’interview récente d’une actrice qui accepte d’y livrer un peu de sa recherche personnelle, Juliette Binoche :

    C’est l’intensité de la présence qui fait la beauté...

    SOLIDARITE : QUELS POINTS DE REPERE ?

    Je crois entendre maintenant certains d’entre vous se dire en eux-mêmes :

    Vous m’avez demandé une réflexion philosophique sur la solidarité, et au risque de vous décevoir, je pense qu’on ne peut pas tirer de conclusions pratiques d’une réflexion philosophique, et c’est peut-être bien ainsi. Par contre cette réflexion peut inspirer des pratiques ou provoquer un questionnement des pratiques existantes. C’est ce à quoi je voudrais m’employer maintenant, sans vouloir m’instituer donneur de leçon ou directeur de conscience : je n’ai aucune autorité pour cela, aussi ai-je fait appel à un « grand témoin ». Il est mort récemment et le peuple français l’a sincèrement pleuré : Henri Groués, plus connu sous son nom de résistant :l’abbé Pierre.

    Quelques remarques d’abord...

    Ce combat ne nous laissera pas indemne. Avant de recevoir le nom d’Israël , Jacob a combattu toute une nuit avec un inconnu au gué du Yabboq, d’où il ressortit claudiquant... Faute de marcher droit, acceptons de boiter... et de reconnaître, selon le mot de JC Guillebaud, que « s’engager, c’est adhérer à une cause imparfaite ».

    « Les pauvres, vous en aurez toujours parmi vous », vous connaissez la formule... Propos désabusé ? simple réalisme ? Mieux que cela, me semble-t-il : révélation sur le rôle des pauvres et des démunis parmi nous. Il s’agit moins d’éradiquer ce mal que de reconnaître qu’il est porteur de sens. Où est la vraie richesse ? Un rappel de la valeur de l’être au delà du paraître...

    D’où ces quelques questions que je nous propose :

    Post-scriptum

    Et de conclure : « il va bien falloir que les hommes trouvent d’autres raisons d’être que « produire, manger, dormir ». Il va bien falloir que même dans le chaos, ils inventent une autre manière de vivre. Ils y réussiront j’ai confiance ! Tout cela fait un homme nouveau. Une partie de l’humanité ira au désert. On verra se créer des communautés qui voudront vivre dans la pauvreté évangélique ; une autre partie vivra de la drogue et de commerces meurtriers. Quant à la multitude, elle sera ballotée entre les moines et les trafiquants. Elle devra s’inventer des tâches nouvelles, créer sa culture originale. Ce ne sera pas du tout cuit. Et peut-être qu’au bout du compte,, l’histoire humaine se révèlera n’avoir été, au travers de toutes ces contradictions et détours, que la marche de l’homme vers la reconnaissance de ce qu’il est : plus qu’un individu, une personne, c’est-à-dire en chacun, signe de plus que lui-même ».